Je sors dans le jardin. Le soleil est là, les oiseaux aussi. L’ambiance est calme, peut-être un peu trop. Le voisin, au loin, me salue mais ne s’approche pas ; ce qu’il aurait sans doute fait en d’autres temps.

Un temps où ne serions pas en guerre, une guerre sans les bombes. Rien n’a vraiment changé autour de moi. Ma maison est là, intacte. Le printemps arrive et les bourgeons commencent à apparaître. Je n’entends pas d’explosion, personne ne s’enfuit dans les rues, aucun militaire ne patrouille dans le village. Pourtant tout est apparemment différent. Prendre la mesure du danger en restant confiné chez soi n’est pas chose aisée. Bien sûr, aller faire ses courses donne une image plus réelle de la situation mais l’absence d’aliment est plus révélatrice de l’angoisse de certains que d’une véritable pénurie. Bref le monde tourne même si c’est au ralenti.


Moi, ce qui me marque et qui me semble inédit c’est l’impossibilité de se toucher. Plus d’embrassade ni de poignée de main. Ma mère ne peut plus câliner sa petite-fille. Je pense aux familles qui ont perdu un être cher en ces conditions sanitaires : les pleurs à distance, les cérémonies dans la solitude, si tant est qu’elles puissent encore avoir lieu. Aucune possibilité d’affection ni de réconfort tactile, physique, indispensable.


Ce manque de « contact » se révèle soudain flagrant. Tout ce que nous faisions habituellement, comme un réflexe de lien naturel est banni. Le sens des pratiques quotidiennes change : côtoyer autrui alors synonyme de bien-être devient source de danger. On ressent le manque du partage émotionnel ; de tout ce qui justement peut amoindrir les craintes, les peurs, l’isolement. C’est sans doute pour cela aussi que les gens paniquent. L’interdiction de réconfort physique, de partage, de rassemblement ne rassure pas. Nous sommes victime de distance corporelle imposée alors que le lien social est un besoin psychique. Hors des contacts primaires, l’homme ne peut se développer.


Devant ce paradoxe, l’ingéniosité est alors en marche. Il se crée d’autres manières d’être « ensemble » : l’apéro-visio ; trinquer à distance mais en bonne compagnie et surtout pouvoir se voir à défaut de pouvoir se toucher. Le téléphone avec son usage premier reprend des couleurs. Besoin d’entendre l’autre et d’échanger en direct sur les émotions ressenties. Retrouver le plaisir de l’écriture, de la correspondance papier, en savourant le goût des mots.


Faites le point sur vos priorités, sur ce qui est nécessaire et sur le reste, finalement, souvent superficiel. Eloigner la peur en vous nourrissant de culture, de jeux, de lectures, d’arts manuels. Redécouvrez-vous sous un aspect essentiel, loin des dictats de la société de consommation. Innover ! Faites naître de nouveaux types de rencontres, de nouvelles façons de communiquer. Ne laissons pas cette guerre silencieuse atteindre notre confiance et détruire à coups de scénarios catastrophes les relations humaines.

Peu importe la manière tant que le contact humain soit plus fort que l’épouvante.